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France-Marche contre l'antisémitisme dans la dignité après les polémiques
information fournie par Reuters 12/11/2023 à 18:44

(Actualisé avec chiffres de la police)

Des dizaines de milliers de Français, dont de nombreuses personnalités politiques, ont marché dans les rues de Paris dimanche pour dénoncer la recrudescence des actes antisémites depuis la reprise du conflit entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza.

Le président Emmanuel Macron, dont la décision de ne pas participer à ce rassemblement a suscité de nombreuses critiques, notamment de responsables politiques et de représentants de la communauté juive, a souhaité dans une "Lettre aux Français" publiée dans Le Parisien que cette initiative envoie un signal "d'unité".

"Une France où nos concitoyens juifs ont peur n'est pas la France", a écrit le chef de l'Etat, en dénonçant "l'insupportable résurgence d'un antisémitisme débridé".

Selon les chiffres de la police, 105.000 personnes ont défilé à Paris.

Depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, 1.159 actes antisémites ont été recensés en France, ce qui correspond à trois fois plus d'évènements de ce type enregistrés que sur l'ensemble de 2022, a dit mercredi le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, au Sénat.

"On est tellement heureux et rassurés que les Français aient répondu présents", a déclaré la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui avait appelé avec le président du Sénat, Gérard Larcher, à cette "marche civique pour la République et contre l'antisémitisme, pour la France des Droits de l'Homme et pour la Nation".

"Nous pensons que la République, les valeurs dans lesquelles nous croyons sont menacées et que nous avions besoin collectivement d'un sursaut. Nous avons souhaité incarner ce sursaut, permettre à tous se rassembler", a-t-elle poursuivi à l'arrivée du cortège au Sénat, alors que la foule se pressait encore sur le parcours malgré la pluie.

"C'est extrêmement réjouissant de voir qu'aujourd'hui, en France, nous sommes capables (...) de nous réunir autour de ce qui fait notre socle, de ce qui a fait notre Histoire et de ce qui fera, j'en suis sûre, notre avenir. Aujourd'hui nous avons montré la plus belle image de la France, tous ensemble."

APPEL À L'UNITÉ

Quelque 3.000 policiers avaient été mobilisés pour sécuriser le cortège parisien, qui s'est élancé de l'Esplanade des Invalides un peu après 15h00 (14h00 GMT), passant devant l'Assemblée nationale avant de d'arriver près du Sénat, terme d'un parcours de 3,5 kilomètres.

Deux anciens chefs de l'Etat, Nicolas Sarkozy et François Hollande, la Première ministre Elisabeth Borne et une trentaine de ministres, ainsi que de nombreuses personnalités politiques, religieuses ou du monde du spectacle avaient répondu à l'appel de Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher.

La plupart avaient pris place en tête de cortège derrière une grande banderole proclamant "Pour la République, contre l'antisémitisme", sans drapeaux - français ou israélien - ni slogans, comme les organisateurs en avaient émis le souhait.

Les responsables politiques ont néanmoins entamé à deux reprises la Marseillaise, alors que des applaudissements retentissaient régulièrement plus loin dans le cortège.

Dans sa lettre, Emmanuel Macron a répété sa promesse de ramener l'antisémitisme "à la seule place qui doit être la sienne : devant les tribunaux et derrière les barreaux", en référence aux "centaines d'arrestations" et aux "dizaines de procédures judiciaires ouvertes" ces dernières semaines.

Le chef de l'Etat a surtout appelé les Français à "l'unité". "La lutte contre l'antisémitisme ne doit jamais nous diviser ni jamais conduire à opposer certains de nos compatriotes à d'autres", a-t-il plaidé. "Dans notre Histoire, l'antisémitisme fut toujours le prélude à d'autres haines et au racisme."

POLÉMIQUES ET DIVISIONS

La semaine écoulée a pourtant été émaillée de polémiques, à commencer par celle, entretenue par son propre gouvernement, sur la légitimité de la présence dans le cortège du Rassemblement national (RN, extrême droite), en raison du passé ouvertement antisémite de ses fondateurs, Jean-Marie Le Pen et d'anciens collaborateurs de l'Allemagne nazie et Waffen-SS.

La France insoumise (LFI, extrême gauche), dont certains dirigeants comme Jean-Luc Mélenchon ont multiplié les propos jugés provocateurs depuis la reprise du conflit à Gaza, se refusant notamment à qualifier le Hamas de "mouvement terroriste", a justifié son absence à la marche par cette présence de l'extrême droite.

Des responsables de LFI ont en revanche participé à une marche contre l'antisémitisme et pour la paix à Strasbourg, dont l'extrême droite avait été exclue, ainsi qu'à un dépôt de gerbe au pied du monument de la rafle du Vel' d'Hiv, à Paris, qui a été perturbée dans la matinée par des militants se disant juifs qui brandissaient des pancartes "Touche pas à ma mémoire".

Un incident similaire s'est produit à l'arrivée de Marine Le Pen sur l'Esplanade des Invalides, où des militants du collectif Golem, qui dit rassembler des juifs de gauche luttant contre l'antisémitisme, ont lancé des slogans et brandi des pancartes hostiles à la dirigeante du RN.

Les autres partis de gauche, alliés à LFI au Parlement, participent en revanche à la marche, comme ils avaient participé samedi à une autre marche pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza et à la protection des civils palestiniens, qui a réuni selon la police plus de 16.000 personnes à Paris.

(Reportage Tangi Salaün, avec Gus Trompiz et Benjamin Mallet)

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